Depuis le 1er janvier 2024, une seule convention collective régit la métallurgie en France. Elle remplace 76 textes territoriaux et fixe une grille de classification commune aux ouvriers, techniciens et cadres. Beaucoup de salariés découvrent cette nouvelle classification sur leur fiche de paie sans savoir à quoi correspond leur classe, ni si leur salaire respecte le minimum garanti. Cet article fait le point sur la grille 2025, sur ce qui a réellement changé et sur la méthode pour vérifier votre propre situation.

En bref

  • La convention collective nationale de la métallurgie (IDCC 3248) s'applique depuis le 1er janvier 2024 et remplace 76 conventions territoriales.
  • La classification repose sur 6 critères notés de 1 à 10 points, pour une cotation totale de 6 à 60 points, répartie en 18 classes (1 à 18) et 9 groupes (A à I).
  • En 2025, les négociations salariales ont échoué : la grille 2024 est restée gelée toute l'année, sans revalorisation.
  • La première hausse n'est intervenue qu'en 2026, avec un avenant signé le 20 février 2026 (environ +0,86 % à +0,9 % selon les sources).
  • Le salaire minimum hiérarchique (SMH) va d'environ 21 700 € brut annuel pour la classe A1 à plus de 68 000 € pour la classe I18.
  • Les classes A1 et A2 sont tombées sous le niveau du SMIC : c'est alors le SMIC qui s'applique comme plancher réel.
  • La prime d'ancienneté concerne les groupes A à E à partir de 3 ans, avec une valeur de point qui reste fixée territoire par territoire.

Qu'est-ce que la nouvelle grille de classification de la métallurgie ?

Avant 2024, chaque bassin industriel appliquait sa propre convention territoriale, avec son propre système de coefficients. Un technicien de maintenance à Lyon n'était pas forcé d'avoir la même classification qu'un technicien équivalent à Bordeaux. L'UIMM et les organisations syndicales (CFDT, FO, CFE-CGC, CGT) ont négocié pendant cinq ans pour aboutir à un texte unique, signé le 7 février 2022 et entré en vigueur au 1er janvier 2024.

Cette convention collective nationale porte le code IDCC 3248. Elle concerne environ 1,6 million de salariés répartis dans près de 42 000 entreprises, tous secteurs confondus : automobile, aéronautique, électronique, sidérurgie, fonderie ou robotique.

La grande nouveauté, c'est la fin de la logique de diplôme ou d'ancien coefficient régional. La classification repose désormais sur une évaluation du poste occupé, pas sur la personne qui l'occupe. Deux salariés avec des parcours différents peuvent se retrouver dans la même classe s'ils exercent le même type de responsabilités.

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Comment fonctionne la cotation sur 6 critères ?

Chaque emploi est noté selon 6 critères, chacun évalué sur une échelle de 1 à 10 points :

  • la complexité de l'activité ;
  • les connaissances requises ;
  • l'autonomie laissée au salarié ;
  • la contribution à l'activité de l'entreprise ;
  • la responsabilité d'encadrement ou de coopération ;
  • la communication nécessaire dans le poste.

La somme de ces six notes donne une cotation totale, comprise entre 6 et 60 points. Cette cotation détermine votre classe d'emploi, numérotée de 1 à 18, puis votre groupe d'emploi, désigné par une lettre de A à I.

Cotation totaleClasse d'emploiGroupe d'emploi
6 à 91A (non-cadre)
10 à 122A
13 à 153B
16 à 184B
………

Les groupes A à E regroupent les non-cadres, des opérateurs de production aux techniciens confirmés. Les groupes F à I correspondent au statut cadre, du cadre débutant au cadre dirigeant.

Pour connaître votre propre classe, trois sources suffisent en principe : votre contrat de travail, votre fiche de paie, ou le document de description de poste remis lors de l'embauche. Si aucun de ces documents ne mentionne clairement votre classification, demandez-la par écrit à votre service RH : c'est une information que l'employeur doit pouvoir justifier.

Quelle est la grille de salaires 2025 de la métallurgie ?

C'est le point qui surprend le plus de salariés : la grille 2025 n'a pas augmenté. Les négociations annuelles obligatoires se sont ouvertes début 2025, mais elles ont échoué les 19 et 20 février 2025. Faute d'accord entre les partenaires sociaux, le barème resté en vigueur toute l'année 2025 est celui issu de l'avenant du 11 juillet 2023, applicable depuis le 1er janvier 2024.

Concrètement, environ 1,5 million de salariés de la branche ont vu leurs minima conventionnels gelés pendant un an entier, alors même que l'inflation continuait d'éroder le pouvoir d'achat.

Voici les salaires minima hiérarchiques (SMH) restés applicables en 2025, exprimés en brut annuel pour un temps plein à 35 heures :

GroupeClasseSMH 2025 (brut annuel)
A121 700 €
A221 850 €
B423 400 €
C524 250 €
C625 550 €
D726 400 €
D828 450 €
E930 500 €
E1033 700 €
F1135 000 €
F1236 700 €
G1340 000 €
G1443 900 €
H1547 000 €
H1652 000 €
I1759 200 €
I1868 000 €

Ces montants sont des minimums légaux, hors primes et majorations. Rien n'empêche un employeur de verser davantage, en particulier dans les métiers en tension comme la maintenance industrielle ou l'ingénierie.

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Pourquoi la grille 2025 est-elle restée bloquée ?

Les discussions de février 2025 ont capoté sur le niveau de hausse proposé par la partie patronale, jugé insuffisant par les syndicats face à l'inflation de l'époque. Sans accord signé, aucun nouveau barème n'a pu être étendu par le ministère du Travail. Résultat : le texte de 2023 est resté la seule référence légale toute l'année.

Ce blocage a eu une conséquence directe sur le bas de la grille. Le SMIC, lui, continue d'être revalorisé automatiquement chaque année. Dès lors que le SMIC dépasse le SMH d'une classe, c'est le SMIC qui s'impose comme salaire plancher, conformément à l'article 140 de la convention. C'est exactement ce qui s'est produit pour les classes A1 et A2, repassées sous le SMIC à partir du 1er juin 2026, après la revalorisation du salaire minimum légal.

Quand la grille a-t-elle finalement été revalorisée ?

La première hausse depuis l'entrée en vigueur de la convention unique est arrivée avec un avenant signé le 20 février 2026, pour une augmentation moyenne comprise entre 0,86 % et 0,9 % selon les sources syndicales. Cet avenant a créé une nouvelle annexe au texte, avec extension publiée au Journal officiel au printemps 2026.

Autrement dit, si vous consultez votre fiche de paie de l'année 2025, le barème à prendre en référence est bien celui de 2023-2024, pas une grille "2025" qui n'a techniquement jamais existé en tant que revalorisation propre.

Comment vérifier que votre salaire respecte le minimum conventionnel ?

Trois vérifications suffisent pour savoir si votre rémunération est conforme.

  1. Identifiez votre classification exacte. Elle figure normalement sur votre bulletin de paie, sous la forme d'une classe (ex. "D7") ou d'un groupe. À défaut, demandez-la à votre employeur.
  2. Comparez votre salaire de base au SMH correspondant. L'assiette de comparaison exclut certains éléments : la prime d'ancienneté, les majorations pour heures de nuit ou de dimanche, les primes exceptionnelles liées à un événement particulier. Seul le salaire de base, brut et habituel, doit être comparé au minimum conventionnel.
  3. Pour les classes A1 et A2, comparez aussi au SMIC. Si le SMIC en vigueur est supérieur au SMH de votre classe, c'est le SMIC qui doit être respecté, pas le montant indiqué dans le tableau de la convention.

Si votre salaire de base est inférieur au minimum applicable, votre employeur est en infraction. Vous pouvez dans l'ordre :

  • vérifier votre classification auprès du service RH ;
  • demander un rappel de salaire par écrit, en citant la convention IDCC 3248 ;
  • solliciter les représentants du personnel ou le comité social et économique (CSE) ;
  • saisir l'inspection du travail si aucune réponse n'est obtenue ;
  • en dernier recours, porter l'affaire devant le conseil de prud'hommes.
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Un jugement du tribunal judiciaire de Paris, rendu le 2 décembre 2025, a d'ailleurs rappelé que l'application correcte de la grille de classification s'impose à l'employeur, même en période de transition entre deux systèmes.

Quels sont les cas particuliers de la grille métallurgie ?

Certaines situations ne suivent pas le barème général et méritent d'être connues séparément.

Quel est le salaire des cadres au forfait ?

Les cadres au forfait, en heures comme en jours, bénéficient d'une majoration du SMH de leur classe :

  • +15 % pour un forfait en heures jusqu'à un certain seuil, puis une majoration additionnelle au-delà de la durée légale ;
  • +30 % pour un forfait en jours, généralement calculé sur une base de 214 à 218 jours travaillés par an.

Cette majoration reflète le temps de travail réel, souvent supérieur à 35 heures hebdomadaires pour ce type de contrat.

Comment est calculé le salaire des débutants en groupe F ?

Les jeunes diplômés qui démarrent directement en cadre (groupe F, classes 11 et 12) ne touchent pas immédiatement le SMH plein. La convention prévoit un barème dégressif sur six ans, qui tient compte de l'expérience progressivement acquise :

ClasseMoins de 2 ansDe 2 à moins de 4 ansDe 4 à 6 ans
F1128 430 €29 852 €32 240 €
F1229 940 €31 437 €33 952 €

Deux années de contrat en alternance comptent pour une année d'expérience dans ce calcul. Passé six ans, le salarié bascule sur le barème plein de sa classe.

Les petites entreprises peuvent-elles décaler l'application de la grille ?

Oui, sous conditions strictes. Une entreprise de 150 salariés ou moins peut demander un report de l'application du barème unique, jusqu'au 1er janvier 2030 au plus tard, si la hausse de sa masse salariale dépasse 5 % et touche au moins 25 % de son effectif. En contrepartie, elle doit augmenter chaque année la progression de ses minima d'au moins 1,5 point par rapport au barème national.

Comment fonctionne la prime d'ancienneté ?

La prime d'ancienneté est l'un des seuls éléments restés territoriaux dans cette convention par ailleurs nationale. Elle concerne les salariés des groupes A à E, à partir de 3 ans d'ancienneté, avec un plafonnement à 15 ans.

Son calcul repose sur une valeur de point négociée par territoire, multipliée par un taux propre à chaque classe :

Classe d'emploi12345678910
Taux1,45 %1,6 %1,75 %1,95 %2,2 %2,45 %2,6 %2,9 %3,3 %3,8 %

Résultat concret : deux salariés occupant le même poste, avec la même ancienneté, peuvent toucher une prime différente selon leur région d'implantation. Les cadres des groupes F à I n'ont pas droit à cette prime.

Tableau récapitulatif : ce qui change avec la nouvelle classification

Avant 2024 (conventions territoriales)Depuis 2024 (convention unique IDCC 3248)
Coefficients régionaux variablesClassification unique à 18 classes et 9 groupes
Classement souvent lié au diplômeClassement fondé sur le contenu réel du poste
76 textes distincts à suivreUn seul texte de référence national
Valeur du point unique pour tout, selon le territoireValeur du point maintenue localement, uniquement pour la prime d'ancienneté
Grille non revalorisée en 2025Première revalorisation en 2026 (environ +0,9 %)

Cette réforme simplifie la lecture des fiches de paie sur le long terme, mais elle n'a pas empêché un gel complet des minima en 2025. Pour un salarié de la métallurgie, le réflexe utile reste le même chaque année : vérifier sa classe, comparer son salaire de base au SMH en vigueur, et ne pas confondre les primes avec le salaire conventionnel.