Vous héritez d'une maison avec votre frère et vous voulez en devenir l'unique propriétaire. Vous divorcez et souhaitez garder l'appartement acheté à deux. Dans les deux cas, un mot juridique revient sans cesse dans les documents du notaire : la soulte. Ce terme technique effraie souvent, alors qu'il désigne une mécanique assez simple. Voici ce qu'il faut savoir avant de signer un acte de partage.

En bref

  • La soulte est une somme d'argent versée pour compenser un partage de biens inégal entre plusieurs personnes.
  • Elle intervient surtout en cas de succession, de divorce, de rupture de PACS ou de donation-partage.
  • Son montant dépend de la valeur du bien et du capital restant dû sur un éventuel crédit.
  • Le notaire calcule et encaisse la soulte lors de la signature de l'acte de partage.
  • Des frais s'ajoutent au montant de la soulte : droit de partage, émoluments du notaire, éventuelles pénalités bancaires.
  • Racheter une soulte se finance par un crédit immobilier classique, un prêt hypothécaire ou un regroupement de crédits.

Définition de la soulte

La soulte est une somme d'argent versée par une personne à une autre pour compenser un partage de biens qui n'est pas équilibré. Elle rétablit l'égalité entre les parts reçues par chacun.

Ce mécanisme s'applique dès que plusieurs personnes possèdent un bien ensemble, en indivision. Si l'une d'elles récupère un lot d'une valeur supérieure à ses droits, elle doit verser une soulte aux autres indivisaires.

Le terme s'utilise aussi en cas d'échange de biens. Si les deux biens échangés n'ont pas la même valeur, celui qui reçoit le bien le plus cher verse une soulte à l'autre.

La soulte n'est donc pas un impôt ni une taxe. C'est un rééquilibrage financier entre particuliers, encadré par le Code civil dans ses articles 828 et suivants.

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Dans quelles situations verse-t-on une soulte

Quatre situations déclenchent le plus souvent le versement d'une soulte.

SituationQui verse la soulteExemple concret
SuccessionL'héritier qui garde le bien3 frères héritent d'une maison, l'un la rachète aux deux autres
Divorce ou rupture de PACSL'ex-époux ou ex-partenaire qui conserve le bienL'un des ex-conjoints garde le logement familial
Séparation de concubinsLe concubin qui devient seul propriétaireUn couple non marié a acheté à deux, l'un rachète la part de l'autre
Donation-partageL'enfant qui reçoit le lot le plus importantUn parent transmet une entreprise à un enfant, qui verse une soulte à sa fratrie

Dans une succession, l'indivision naît automatiquement au décès. Les héritiers deviennent copropriétaires du patrimoine jusqu'au partage définitif. Si l'un d'eux veut sortir de cette indivision sans vendre le bien, il rachète les parts des autres via une soulte.

Dans un divorce, la logique est la même. Les époux détiennent souvent un bien commun ou indivis. Celui qui souhaite le garder verse une soulte à son ex-conjoint pour racheter sa part.

Comment calculer le montant d'une soulte

Le calcul repose sur trois éléments : la valeur actuelle du bien, la part détenue par chaque personne, et le capital restant dû si un crédit court encore.

Sans crédit en cours, la formule est simple :

Montant de la soulte = valeur du bien × quote-part à racheter

Exemple : un bien estimé à 400 000 € est détenu à parts égales par 2 héritiers. Celui qui veut devenir seul propriétaire verse 200 000 € à l'autre.

Avec un crédit immobilier en cours, il faut d'abord déduire le capital restant dû de la valeur du bien, puis appliquer la quote-part :

Montant de la soulte = (valeur du bien − capital restant dû) × quote-part

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Exemple : un bien vaut 1 000 000 € et il reste 400 000 € à rembourser sur le prêt. La valeur nette est de 600 000 €. Si le partage se fait à 50/50, la soulte s'élève à 300 000 €.

La valeur retenue n'est jamais celle du jour de l'achat. C'est la valeur actuelle du bien, estimée au moment du partage. Cette estimation est confiée à un notaire, un agent immobilier ou un expert, pour éviter tout litige entre les parties.

Quels sont les frais liés à une soulte

Le versement de la soulte s'accompagne toujours de frais annexes, calculés sur la valeur de la part rachetée et non sur la valeur totale du bien.

  • Le droit de partage : une taxe due à l'État. Il s'élève à 1,1 % de la valeur nette du bien en cas de divorce ou de rupture de PACS, et à 2,5 % en cas de succession.
  • Les frais de notaire : ils couvrent la rédaction de l'acte de partage ou de l'état liquidatif. Ils représentent en général entre 7 et 8 % de la valeur de la soulte pour un bien ancien.
  • La contribution de sécurité immobilière : due pour l'enregistrement du changement de propriétaire, autour de 0,10 % de la part rachetée.
  • Les pénalités de remboursement anticipé : si le rachat de soulte s'accompagne du remboursement d'un crédit en cours, la banque peut appliquer une indemnité. Elle ne peut pas dépasser 6 mois d'intérêts ni 3 % du capital restant dû.

Entre ex-concubins non mariés et non pacsés, le droit de partage ne s'applique pas. C'est le droit de mutation classique qui remplace cette taxe, comme pour une vente immobilière ordinaire.

Quel est le délai pour verser une soulte

Le délai de paiement se fixe généralement au moment de la signature de l'acte chez le notaire. La soulte peut être versée de trois façons.

  • En une seule fois, le jour de la signature de l'acte de partage.
  • Dans les mois qui suivent, selon un délai négocié entre les parties.
  • Selon un échéancier, avec des versements étalés sur plusieurs mois ou années.
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En cas de désaccord entre les parties, un juge peut fixer le délai en tenant compte de la situation financière du débiteur.

Si la soulte n'est pas versée dans le délai prévu, des intérêts de retard s'appliquent, conformément à l'article 828 du Code civil. Tant que la somme n'est pas réglée, le transfert définitif de propriété reste suspendu.

Comment financer le rachat d'une soulte

Quand la trésorerie ne suffit pas pour régler la soulte comptant, plusieurs solutions de financement existent.

  • Un crédit immobilier classique, remboursable sur une durée pouvant aller jusqu'à 25 ans.
  • Un prêt hypothécaire, garanti par le bien lui-même, sans limite d'âge stricte pour l'emprunteur.
  • Un prêt-relais, si un autre bien est en cours de vente au moment du partage.
  • Un regroupement de crédits, pour intégrer la soulte aux autres prêts déjà en cours et lisser les mensualités.

Le choix dépend du profil de l'emprunteur, de son taux d'endettement et du montant à financer. Un accompagnement par un notaire ou un courtier permet de comparer les options avant de s'engager.

Foire aux questions sur la soulte

Qui doit verser la soulte

C'est la personne qui reçoit un lot d'une valeur supérieure à ses droits qui verse la soulte. Dans une succession, il s'agit de l'héritier qui devient seul propriétaire. Dans un divorce, c'est l'ex-époux qui conserve le bien commun.

Peut-on refuser de verser une soulte

Non, le paiement de la soulte n'est pas facultatif dès lors que le partage est déséquilibré. Une exception existe en cas d'accord amiable entre les parties, notamment lors d'un divorce, si les valeurs échangées sont jugées équivalentes.

Peut-on payer une soulte en plusieurs fois

Oui, à condition que les parties se mettent d'accord sur un échéancier, ou qu'un juge l'autorise. Un crédit hypothécaire permet aussi de transformer le paiement en mensualités régulières.

La soulte est-elle obligatoire dans un divorce

Non. Si l'ex-époux qui ne garde pas le bien reçoit d'autres biens de valeur équivalente en compensation, aucune soulte n'est due.