Un arrêt maladie ne signifie pas forcément une perte de revenus. Plusieurs dispositifs permettent de compenser, voire de maintenir intégralement votre salaire. Voici comment les combiner efficacement.

En bref

  • La Sécurité sociale verse des indemnités journalières (IJSS) équivalant à 50% de votre salaire journalier brut, après 3 jours de carence
  • Votre employeur est légalement tenu de compléter ces indemnités si vous avez au moins 1 an d'ancienneté (jusqu'à 90% puis 66,66% selon la durée)
  • Certaines conventions collectives garantissent un maintien à 100% dès le premier jour
  • Un contrat de prévoyance (collectif ou individuel) comble le reste pour atteindre 100%
  • Vous devez informer votre employeur et la CPAM dans les 48 heures pour ne pas perdre vos droits

Ce que verse la Sécurité sociale en arrêt maladie

Les conditions pour percevoir des indemnités journalières

L'Assurance Maladie ne verse pas automatiquement des indemnités journalières. Vous devez remplir ces conditions :

  • Être immatriculé à la Sécurité sociale depuis au moins 12 mois
  • Avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 derniers mois, ou avoir cotisé sur un salaire équivalent à 1 015 fois le SMIC horaire sur les 6 derniers mois
  • Présenter un arrêt de travail signé par un médecin (la téléconsultation est limitée à 3 jours depuis janvier 2024, sauf renouvellement par votre médecin traitant)

Le délai de carence : les 3 premiers jours non indemnisés

Les 3 premiers jours d'arrêt ne sont jamais pris en charge par l'Assurance Maladie. Les indemnités journalières démarrent au 4e jour. Ce délai disparaît en cas d'accident du travail, de maladie professionnelle ou de prolongation d'un arrêt initial.

Votre convention collective ou votre employeur peuvent compenser ce délai.

Le calcul des indemnités journalières

Le montant de vos IJSS correspond à 50% de votre salaire journalier de base. Ce salaire journalier se calcule ainsi :

Salaire journalier de base = total des 3 derniers salaires bruts ÷ 91,25

Exemple concret avec 2 500 € brut mensuel :

ÉtapeCalculRésultat
Total 3 derniers salaires bruts2 500 € × 37 500 €
Salaire journalier de base7 500 € ÷ 91,2582,19 €/jour
Indemnité journalière82,19 € × 50%41,09 €/jour

Les plafonds à connaître en 2025

Depuis avril 2025, les indemnités journalières sont plafonnées à 41,47 € brut par jour (soit 1,4 fois le SMIC mensuel, environ 2 522 €/mois). Si votre salaire est élevé, votre IJ réelle sera inférieure au calcul théorique.

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La durée de versement est limitée à 360 jours sur 3 ans pour une même affection. En cas d'affection de longue durée (ALD), cette durée peut atteindre 3 ans.

Ce que verse votre employeur en arrêt maladie

Les obligations légales de maintien de salaire

Votre employeur doit verser des indemnités complémentaires si vous remplissez ces conditions :

  • Au moins 1 an d'ancienneté dans l'entreprise
  • Soins reçus en France ou dans l'Espace économique européen
  • Arrêt transmis à l'employeur dans les 48 heures
  • Perception effective des IJSS

Ce dispositif ne s'applique pas aux travailleurs temporaires, intermittents ou saisonniers.

Le barème légal selon l'ancienneté

La loi prévoit un maintien à 90% du salaire brut pendant les premiers jours, puis à 66,66% pour la période suivante. La durée augmente avec votre ancienneté :

AnciennetéDurée à 90%Durée à 66,66%Total
1 à 5 ans30 jours30 jours60 jours
6 à 10 ans40 jours40 jours80 jours
11 à 15 ans50 jours50 jours100 jours
16 à 20 ans60 jours60 jours120 jours
21 à 25 ans70 jours70 jours140 jours
26 à 30 ans80 jours80 jours160 jours
Plus de 30 ans90 jours90 jours180 jours

Attention : un délai de carence de 7 jours s'applique légalement côté employeur. Entre le 4e et le 7e jour d'arrêt, vous ne percevez que les IJSS (50% du salaire). De nombreuses conventions collectives suppriment ce délai.

La subrogation : quand l'employeur perçoit vos IJSS à votre place

Certains employeurs pratiquent la subrogation : ils perçoivent directement vos indemnités journalières auprès de la CPAM et vous versent votre salaire habituel. Résultat : vous continuez à recevoir votre salaire normal sans interruption. La différence entre le salaire et les IJSS reste à sa charge.

Les 3 leviers pour atteindre 100% de son salaire

Les IJSS et le maintien légal employeur ne suffisent généralement pas à couvrir 100% de votre salaire. Voici les dispositifs complémentaires à connaître.

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1. Votre convention collective

Votre convention collective peut prévoir des conditions bien plus favorables que la loi :

  • Suppression du délai de carence (employeur et/ou Sécurité sociale)
  • Maintien à 100% du salaire net dès le premier jour
  • Durée d'indemnisation prolongée bien au-delà des minimums légaux
  • Conditions d'ancienneté assouplies ou supprimées

Les secteurs les plus généreux en 2025 :

SecteurConventionMaintien à 100%Durée totale
Handicap/socialCC 663 à 6 mois6 à 12 mois
MétallurgieCC 32483 à 6 mois6 à 12 mois
BanqueCC 21202 à 3 mois4 à 6 mois
ChimieCC 442 mois4 mois

Pour connaître votre convention, regardez le code IDCC sur votre bulletin de paie. Ce code vous donne accès à toutes les dispositions applicables à votre situation.

2. Les accords d'entreprise

Certains employeurs négocient des accords collectifs internes qui dépassent les minimums légaux et conventionnels. Ces accords peuvent prévoir :

  • Une prise en charge dès le premier jour sans délai de carence
  • Un maintien à 100% pour tous les arrêts, quelle que soit leur durée
  • Des dispositifs spécifiques pour les longues maladies

Renseignez-vous auprès de votre service RH ou de vos représentants du personnel.

3. La prévoyance collective ou individuelle

La prévoyance est le vrai filet de sécurité pour atteindre 100% du salaire. Elle complète les IJSS et le maintien employeur pour couvrir la différence restante.

Prévoyance collective (souscrite par l'employeur) :

  • Obligatoire uniquement pour les cadres (minimum 1,5% de la tranche A depuis 2017)
  • Pour les non-cadres, elle dépend de la convention collective ou des accords d'entreprise
  • Vous n'avez aucune démarche à faire : l'adhésion est automatique à l'embauche
  • L'employeur déclenche lui-même la prise en charge lors de votre arrêt

Exemple de cumul avec un salaire de 3 000 € brut :

DispositifMontant couvert
IJSS (50% du salaire journalier)50%
Complément employeur+30%
Prévoyance collective+20%
Total100%

Prévoyance individuelle : Si votre entreprise ne propose pas de prévoyance collective, vous pouvez souscrire un contrat personnel. Ces contrats offrent une couverture de 60% à 100% du salaire selon la formule choisie. Les cotisations oscillent entre 2% et 4% du salaire selon les garanties.

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Critères clés pour choisir un contrat :

  • Taux de couverture : au moins 80 à 90% du salaire brut
  • Délai de carence contractuel : 30 jours maximum (évitez les contrats à 90 jours)
  • Durée de couverture : minimum 3 ans pour l'incapacité temporaire
  • Exclusions : vérifiez les maladies préexistantes, les troubles psychologiques et les sports à risque

Les démarches à respecter pour ne pas perdre vos droits

Respecter le délai de 48 heures

Dès l'établissement de votre certificat médical, vous avez 48 heures pour informer simultanément :

  • Votre employeur : par téléphone ou email, puis envoyez le volet 3 du certificat médical (courrier recommandé ou scan accepté)
  • La CPAM ou MSA : envoyez les volets 1 et 2 par courrier postal (l'email n'a pas de valeur juridique pour les organismes sociaux)

Ce délai court même le week-end. Un arrêt établi un vendredi impose un envoi dès le lundi matin.

Conséquences d'un retard :

  • Votre employeur peut infliger un avertissement ou une sanction disciplinaire
  • La CPAM peut réduire vos IJSS de 50% ou les supprimer jusqu'à 20 jours

L'attestation de salaire S3201 : le document clé

Votre employeur doit transmettre à la CPAM l'attestation de salaire S3201 dans les 5 jours suivant le début de votre arrêt. Sans ce document, le calcul de vos IJSS est impossible et les versements seront retardés.

Si vous avez plusieurs employeurs, la CPAM exige vos 3 derniers bulletins de paie de chaque employeur ainsi qu'une attestation sur l'honneur.

En cas de prolongation

Les mêmes obligations de 48 heures s'appliquent à chaque prolongation d'arrêt. Transmettez chaque nouveau certificat médical à votre employeur et à votre caisse dans le délai imparti.

Cas particuliers : travailleurs précaires et statuts spécifiques

CDD et intérimaires

Les salariés en CDD perçoivent les mêmes IJSS que les CDI. La principale différence concerne le maintien employeur, qui exige 1 an d'ancienneté — difficile à atteindre en CDD.

Les intérimaires bénéficient d'une indemnisation complémentaire via les caisses de congés payés dès le premier jour, selon la convention collective du travail temporaire.

Accidents du travail et maladies professionnelles

Ces situations ouvrent des droits renforcés :

  • Aucun délai de carence
  • Indemnités majorées à 60% du salaire journalier (contre 50% en maladie ordinaire) pendant les 28 premiers jours, puis 80% à partir du 29e jour

Temps partiel thérapeutique

Après un arrêt, une reprise à temps partiel thérapeutique vous permet de reprendre progressivement le travail tout en conservant des indemnités partielles. Ce dispositif combine salaire partiel et IJSS proportionnelles.

La contre-visite médicale : ce que vous devez savoir

Depuis le décret du 5 juillet 2024, les règles de la contre-visite médicale sont précisées. Votre employeur peut mandater un médecin pour contrôler votre arrêt de travail, à tout moment et sans délai de prévenance :

  • À votre domicile (ou tout lieu communiqué), entre 9h-11h et 14h-16h
  • Au cabinet du médecin mandaté

Si le médecin juge l'arrêt injustifié, il peut fixer une date de retour et ordonner la suspension des indemnités complémentaires versées par l'employeur (les IJSS de la Sécurité sociale ne sont pas concernées). Vous pouvez contester ce verdict en demandant une deuxième contre-visite ou en sollicitant une expertise médicale auprès de la CPAM.