Votre salaire dans le secteur médico-social repose sur un chiffre précis : la valeur du point. En 2025, ce chiffre concerne plus de 400 000 professionnels couverts par la Convention collective nationale 66. Vous voulez comprendre combien vous êtes payé, pourquoi, et si votre employeur applique bien la revalorisation en vigueur ? Voici toutes les réponses.
En bref
- La valeur du point de la CCN 66 est fixée à 3,93 € pour les employeurs adhérents à Nexem, contre 3,82 € pour les non-adhérents
- Votre salaire de base se calcule simplement : coefficient × valeur du point
- La revalorisation de 3,82 € à 3,93 € est en vigueur depuis juillet 2022, agréée par l’État
- L’indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % s’ajoute au salaire de base pour la majorité des personnels éducatifs et soignants
- Certains bas de grille restent inférieurs au SMIC (1 801,80 € en 2025) : l’employeur doit alors verser un complément
- La prime Ségur (183 € nets/mois) s’applique aux structures éligibles, en supplément
- Si votre employeur n’applique pas la bonne valeur, des recours existent
Qu’est-ce que la valeur du point dans la convention 66 ?
La CCN 66 : qui est concerné ?
La Convention collective nationale 66 existe depuis le 15 mars 1966. Elle est identifiée par le code IDCC 413. Elle encadre les conditions de travail dans les établissements pour personnes inadaptées et handicapées, les structures d’aide à l’enfance en difficulté et les services pour personnes âgées.
Les métiers couverts sont nombreux : éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, aides-soignants, agents de service, psychologues, infirmiers, orthophonistes, animateurs, cadres de direction. Au total, plus de 400 000 salariés travaillent sous ce régime en France.
Du côté des employeurs, c’est Nexem qui joue le rôle d’organisation patronale représentative. Les principaux syndicats signataires sont la CFDT, la CGT, FO et la CFTC. Ce sont eux qui négocient les revalorisations salariales, dont la valeur du point.
Le point : l’unité de base de votre salaire
Dans la CCN 66, chaque poste correspond à un coefficient indiciaire. Ce coefficient est multiplié par la valeur du point pour obtenir votre salaire brut de base.
La formule est simple :
Salaire de base brut = Coefficient × Valeur du point
Voici ce que ça donne concrètement. Si vous êtes éducateur spécialisé débutant avec un coefficient de 434 :
434 × 3,93 € = 1 705 € brut mensuel
Chaque centième d’euro compte. Une hausse de 0,11 € sur la valeur du point représente plus de 31 € brut supplémentaires par mois pour ce même coefficient. Sur une année, ça fait 372 €. Ce n’est pas anodin.
Quelle est la valeur du point en 2025 ?
3,93 € ou 3,82 € : deux valeurs selon l’employeur
Il existe en 2025 deux valeurs du point selon l’employeur :
| Situation de l’employeur | Valeur du point | Hausse appliquée | Impact mensuel (coef 434) |
|---|---|---|---|
| Adhérent à Nexem | 3,93 € | +0,11 € vs avant | +47,74 € |
| Non adhérent à Nexem | 3,82 € | Pas de revalorisation récente | — |
La valeur de 3,93 € résulte d’une recommandation patronale de Nexem, validée par un agrément de l’État. Elle s’applique à la grande majorité des structures du secteur.
Pour savoir quelle valeur s’applique chez vous, regardez votre bulletin de paie. La mention CCN 66 ou IDCC 413 doit y figurer. Si vous voyez un salaire calculé sur 3,82 €, demandez à votre service RH si votre structure a suivi la recommandation Nexem.
Historique des revalorisations du point
La valeur du point n’a pas toujours été à 3,93 €. Voici l’évolution des dernières années :
- Pendant longtemps : 3,77 €, sans mouvement notable
- En 2021 : légère hausse à 3,82 €
- En juillet 2022 : passage à 3,93 €, recommandé par Nexem et agréé par l’État
Cette dernière revalorisation a été portée par les tensions de recrutement dans le secteur et les négociations post-Ségur de la santé. Elle ne s’est pas faite automatiquement. Elle résulte d’un dialogue social entre Nexem et les organisations syndicales. Ce point est important : la revalorisation du point n’est jamais garantie d’une année sur l’autre.
Comment calculer votre salaire avec la convention 66 ?
La formule de calcul pas à pas
Votre salaire brut total dans la CCN 66 se construit en trois étapes :
- Trouvez votre coefficient sur votre contrat de travail ou votre bulletin de paie
- Multipliez-le par 3,93 € pour obtenir votre salaire de base brut
- Ajoutez l’indemnité de sujétion (9,21 % du salaire de base), si vous y avez droit
La formule complète est donc :
Salaire brut total = (Coefficient × 3,93 €) × 1,0921
Cette formule s’applique à la plupart des personnels éducatifs, sociaux et paramédicaux. Elle ne couvre pas les éléments variables comme la prime d’ancienneté ou les heures supplémentaires.
La grille salariale 2025 : exemples par poste
Voici les montants concrets pour les principaux postes de la grille en 2025 :
| Poste | Coefficient débutant | Salaire de base brut | Avec sujétion 9,21 % |
|---|---|---|---|
| Agent de service | 373 | 1 466 € | 1 601 € |
| Moniteur-éducateur | 411 | 1 615 € | 1 764 € |
| Éducateur spécialisé | 434 | 1 705 € | 1 862 € |
| Chef de service | 800 | 3 144 € | — (incluse) |
| Cadre supérieur | 1 024 | 4 024 € | — (incluse) |
Un point de vigilance s’impose. Le SMIC brut est fixé à 1 801,80 € en 2025. Les agents de service et moniteurs-éducateurs débutants restent en dessous de ce seuil, même avec la sujétion. L’employeur est alors obligé de verser un complément de rattrapage pour aligner la rémunération sur le SMIC. Ce complément doit apparaître clairement sur votre bulletin de paie.
L’indemnité de sujétion spéciale à 9,21 %
L’indemnité de sujétion est versée pour compenser les contraintes spécifiques du secteur :
- Horaires décalés et travail de nuit
- Travail le week-end et les jours fériés
- Fonctionnement en internat
- Accompagnement de publics en grande difficulté
Elle représente 9,21 % de votre salaire de base brut. Prenons un exemple : pour un éducateur spécialisé débutant avec 1 705 € de salaire de base :
1 705 € × 9,21 % = 157 € d’indemnité de sujétion
Son salaire brut total est donc de 1 862 € avant prise en compte de l’ancienneté et des autres primes.
Les cadres disposent généralement d’un coefficient intégrant déjà cette compensation. Leur sujétion n’apparaît donc pas en ligne distincte sur le bulletin.
Les primes et indemnités qui complètent votre salaire
Prime d’ancienneté, Ségur et autres compléments
Votre rémunération ne s’arrête pas au salaire de base avec sujétion. Plusieurs éléments viennent s’y ajouter :
- Prime d’ancienneté : elle augmente par paliers selon le nombre d’années dans la structure. Elle est calculée en pourcentage du salaire de base.
- Prime Ségur : issue des accords du Ségur de la santé de juillet 2020, elle représente 183 € nets par mois pour les personnels éligibles. Son versement dépend du statut de la structure (publique, associative sous financement assurance maladie ou privée).
- Prime d’internat : versée aux personnels travaillant dans des établissements fonctionnant en internat.
- Prime de nuit : compensatrice pour le travail nocturne régulier.
La prime Ségur est un complément de poids. Pour un éducateur spécialisé débutant, elle représente un gain de plus de 10 % du salaire brut. Vérifiez si votre structure y est éligible auprès de votre service RH.
Les frais professionnels prévus par la CCN 66
La convention prévoit le remboursement des frais engagés dans l’exercice de vos fonctions. Les barèmes 2025 sont les suivants :
| Type de frais | Montant 2025 |
|---|---|
| Repas pris à l’extérieur | 15,25 € |
| Nuitée hors Paris | 38,11 € |
| Nuitée petite couronne parisienne | 53,36 € |
| Journée complète (2 repas + hébergement) en région parisienne | 83,36 € |
Ces remboursements ne constituent pas un salaire. Ils sont exonérés de charges sociales dans les limites fixées par l’URSSAF. Un avantage fiscal réel pour les professionnels qui se déplacent fréquemment.
Que faire si votre employeur n’applique pas la bonne valeur du point ?
Vérifier votre bulletin de paie
La vérification prend quelques minutes. Voici comment procéder :
- Trouvez la mention IDCC 413 ou CCN 66 sur votre bulletin de paie. Son absence est déjà une anomalie.
- Repérez votre coefficient indiciaire (ex. : 434 pour un éducateur spécialisé débutant).
- Multipliez ce coefficient par 3,93 € si votre employeur est adhérent à Nexem.
- Comparez le résultat avec votre salaire de base affiché.
- Consultez Légifrance pour retrouver les avenants officiels à la convention et leur date d’effet.
Si vous constatez un écart, passez à l’étape suivante.
Les recours possibles, étape par étape
Ne laissez pas passer une sous-rémunération. Voici les démarches à suivre dans l’ordre :
- Contactez votre service RH et demandez une explication écrite sur la valeur du point appliquée.
- Sollicitez votre délégué syndical ou représentant du personnel : il connaît les accords et peut intervenir rapidement.
- Envoyez un courrier recommandé à votre employeur, en demandant l’ajustement et le rattrapage rétroactif depuis la date d’effet de l’agrément.
- Saisissez la DREETS (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) en cas de refus.
- Engagez une procédure prud’homale si l’employeur persiste. Conservez tous vos bulletins de paie, contrats et échanges écrits. Ces documents constituent votre dossier.
Le rattrapage peut être calculé mois par mois depuis la date d’entrée en vigueur de la revalorisation. La différence entre 3,82 € et 3,93 €, multipliée par votre coefficient, donne le montant de chaque rappel mensuel.
Vers une nouvelle augmentation du point après 2025 ?
La valeur de 3,93 € est en vigueur depuis juillet 2022. Trois ans sans mouvement dans un contexte d’inflation significative : le fossé se creuse.
Des syndicats comme FO poussent activement pour une nouvelle revalorisation. Plusieurs scénarios circulent dans les négociations :
- Hausse modérée de 2 à 3 % : porterait la valeur du point aux alentours de 4,30 €. Avantage : coûts étalés pour les employeurs. Limite : ne compense pas totalement l’inflation.
- Rattrapage significatif de 10 à 15 % : conduirait la valeur du point à environ 4,50 €. Avantage réel pour les bas salaires. Problème : financement difficile dans un contexte budgétaire contraint.
- Indexation sur l’inflation : une troisième voie, automatique, qui alignerait le point sur le taux annuel d’inflation. Elle supposerait une refonte de la mécanique de négociation.
Le frein principal reste le financement public. Les établissements médico-sociaux dépendent largement des dotations de l’État et des départements. Une hausse du point implique des budgets supplémentaires qui ne sont pas toujours disponibles.
Un autre enjeu dépasse la seule valeur du point : la structure même de la grille. Quand les premiers échelons flirtent avec le SMIC, la progression entre un débutant et un professionnel expérimenté devient illisible. Une refonte de la classification s’impose pour redonner du sens aux parcours de carrière dans le secteur.
