Un arrêt qui dure est une épreuve financière autant que médicale. Au bout de 3 mois, les mécanismes d'indemnisation ont déjà montré leurs limites. Voici ce que vous percevez réellement, et ce que vous pouvez faire pour protéger vos revenus.
En bref
- La Sécurité sociale verse des indemnités journalières (IJSS) égales à 50 % de votre salaire brut journalier, plafonnées à 41,95 €/jour en 2026
- L'employeur complète ce montant selon votre ancienneté, pendant 60 à 180 jours, puis s'arrête
- Deux délais de carence s'appliquent dès le début : 3 jours sans IJSS, 7 jours sans maintien employeur
- Au-delà de 360 jours d'indemnisation sur 3 ans, les IJSS s'arrêtent (sauf ALD : jusqu'à 3 ans)
- La prévoyance collective ou une assurance individuelle sont les seules solutions pour maintenir 60 à 100 % de votre revenu
Ce que vous touchez pendant un arrêt maladie prolongé
Les indemnités journalières de la Sécurité sociale
Dès le 4e jour d'arrêt, votre CPAM verse des indemnités journalières. Leur montant est simple à calculer.
Formule :
- Salaire journalier de base = total des 3 derniers salaires bruts ÷ 91,25
- IJSS = salaire journalier de base × 50 %
Exemple concret pour un salaire de 2 500 € brut mensuel :
- Salaire brut sur 3 mois : 7 500 €
- Salaire journalier de base : 82,19 € (7 500 ÷ 91,25)
- IJSS : 41,10 €/jour
Votre salaire est pris en compte dans la limite de 1,4 fois le Smic mensuel, soit 2 552,24 € bruts en 2026. Au-delà, le plafond s'applique.
Plafond des IJSS en 2026 : 41,95 € bruts par jour.
Un cadre à 4 000 € bruts mensuel touche donc le même montant qu'un salarié à 2 600 €. La perte réelle est proportionnelle au salaire.
Le maintien de salaire par l'employeur
Si vous avez au moins 1 an d'ancienneté, votre employeur complète les IJSS pour maintenir une partie de votre salaire habituel. Cette obligation s'applique à partir du 8e jour d'arrêt.
| Ancienneté | Durée à 90 % | Durée à 66,66 % | Total |
|---|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours | 60 jours |
| 6 à 10 ans | 40 jours | 40 jours | 80 jours |
| 11 à 15 ans | 50 jours | 50 jours | 100 jours |
| 16 à 20 ans | 60 jours | 60 jours | 120 jours |
| 21 à 25 ans | 70 jours | 70 jours | 140 jours |
| 26 à 30 ans | 80 jours | 80 jours | 160 jours |
| 31 ans et plus | 90 jours | 90 jours | 180 jours |
Comment l'employeur calcule son complément : Il soustrait les IJSS du montant à maintenir. Vous ne percevez pas deux fois votre salaire : vous recevez la différence.
Exemple (8 ans d'ancienneté, salaire 2 500 €/mois) :
- Salaire journalier : 83,33 €/jour
- Phase à 90 % (40 jours) : maintien à 75 €/jour → complément employeur = 75 − 41,10 = 33,90 €/jour
- Phase à 66,66 % (40 jours) : maintien à 55,55 €/jour → complément employeur = 55,55 − 41,10 = 14,45 €/jour
Votre convention collective peut améliorer ces durées. Certaines suppriment le délai de carence employeur ou prolongent le maintien à 100 %.
Combien perdez-vous réellement après 3 mois d'arrêt ?
Le double délai de carence au départ
Deux délais de carence s'empilent dès les premiers jours.
Délai IJSS : 3 jours sans aucune indemnité versée par la Sécurité sociale.
Délai employeur : 7 jours avant le déclenchement du maintien de salaire. Les jours 4 à 7 : vous percevez uniquement les IJSS, sans complément.
Impact financier pour un salaire de 2 500 €/mois :
- Jours 1 à 3 (carence IJSS) : 0 € perçu → perte de 250 €
- Jours 4 à 7 (carence employeur) : 41,10 €/jour au lieu de 83,33 € → perte de 169 €
- Total première semaine : 419 € de perte, quelle que soit la durée totale de l'arrêt
Ces délais ne s'appliquent pas en cas d'ALD, d'accident du travail ou de maladie professionnelle.
Ce qui disparaît après épuisement du maintien employeur
Avec 8 ans d'ancienneté, le maintien employeur dure 80 jours. À partir du 81e jour d'arrêt, votre employeur ne verse plus rien.
Vous ne percevez alors que les IJSS seules : 41,10 €/jour pour un salarié à 2 500 €/mois, contre 83,33 € habituels. La perte dépasse 50 % du salaire net.
Pour un arrêt de 4 mois (environ 120 jours) :
- Les 80 premiers jours : maintien partiel par l'employeur
- Les 40 jours suivants : IJSS seules, soit environ 1 230 € par mois contre 2 000 € nets habituels
Le plafond des IJSS pénalise les salaires moyens et élevés
Le plafond de 41,95 €/jour correspond à un salaire brut mensuel de 2 552 €. Tout salarié au-delà de ce seuil perçoit la même indemnité.
Exemples comparatifs :
| Salaire brut mensuel | IJSS théoriques | IJSS réelles | Perte quotidienne |
|---|---|---|---|
| 2 000 € | 32,87 €/jour | 32,87 €/jour | 0 € |
| 2 500 € | 41,10 €/jour | 41,10 €/jour | 0 € |
| 3 000 € | 49,32 €/jour | 41,95 €/jour | 7,37 € |
| 4 000 € | 65,75 €/jour | 41,95 €/jour | 23,80 € |
| 5 000 € | 82,19 €/jour | 41,95 €/jour | 40,24 € |
Pour un cadre à 4 000 €/mois, le plafond représente une perte supplémentaire de 714 €/mois par rapport au calcul théorique.
Jusqu'à quand êtes-vous indemnisé ?
La règle des 360 jours sur 3 ans
L'Assurance Maladie plafonne l'indemnisation à 360 jours sur une période de 3 années civiles consécutives. Ce compteur inclut tous vos arrêts, quelle qu'en soit la cause.
Exemple : Un arrêt de 200 jours pour un burnout suivi de 120 jours pour une fracture consomme 320 jours du quota. Il ne reste que 40 jours disponibles sur la période de 3 ans.
Bonne nouvelle : le compteur se remet à zéro après 1 an complet de reprise du travail.
Au-delà des 360 jours, les IJSS s'arrêtent. Vous pouvez alors demander une pension d'invalidité si votre capacité de travail est réduite d'au moins deux tiers.
Pour être indemnisé au-delà de 6 mois d'arrêt, des conditions renforcées s'appliquent :
- Être affilié à l'Assurance Maladie depuis 12 mois
- Avoir travaillé au moins 600 heures sur les 12 mois précédant l'arrêt
- Ou avoir cotisé sur un salaire d'au moins 2 030 fois le Smic horaire sur 12 mois
L'exception ALD : jusqu'à 3 ans continus
Les Affections de Longue Durée bénéficient d'un régime à part. L'indemnisation peut atteindre 3 ans continus sans limitation par le compteur de 360 jours.
Les 30 pathologies concernées incluent notamment le cancer, le diabète, la sclérose en plaques, Parkinson, le VIH ou encore l'insuffisance cardiaque grave.
Le délai de carence de 3 jours ne s'applique qu'au premier arrêt sur une période de 3 ans. Les prolongations successives en lien avec l'ALD n'y sont pas soumises.
Comment limiter la perte de salaire après 3 mois
La prévoyance collective de votre entreprise
La prévoyance collective est la solution la plus efficace. Souscrite par l'employeur, elle verse un complément aux IJSS une fois le maintien légal épuisé. Les taux varient de 60 à 100 % du salaire net selon le contrat.
Ce qu'il faut vérifier dans votre contrat :
- Le délai de franchise : 30, 60 ou 90 jours avant déclenchement
- Le taux de couverture : 60 %, 80 % ou 100 % du salaire net
- La durée maximale : souvent jusqu'à la fin des droits IJSS ou la liquidation de la retraite
Reprenons l'exemple vu plus haut (2 500 €/mois, 8 ans d'ancienneté) :
- Après 80 jours, il ne perçoit plus que 41,10 €/jour
- Sa perte mensuelle dépasse 1 250 €
- Une prévoyance à 80 % réduit cette perte à environ 250 €/mois
Si votre entreprise n'a pas de prévoyance collective, certaines conventions collectives en prévoient une obligatoire. Renseignez-vous auprès de votre RH ou de votre représentant du personnel.
Une assurance prévoyance individuelle
Si vous n'avez pas de prévoyance collective, ou si elle est insuffisante, une assurance individuelle prend le relais.
Les critères à comparer :
| Critère | Ce qu'il faut regarder |
|---|---|
| Franchise | 30, 60, 90 ou 180 jours — plus c'est long, moins c'est cher |
| Taux de couverture | 60 à 90 % du salaire net |
| Exclusions | Pathologies préexistantes, sports à risque |
| Forme de prestation | Rente mensuelle ou capital forfaitaire |
La rente mensuelle est préférable pour couvrir un arrêt prolongé : elle remplace un revenu régulier. Le capital convient plutôt pour rembourser une dette spécifique.
Le coût dépend de votre âge, votre profession et la franchise choisie. Une franchise de 90 jours réduit significativement la cotisation.
Les démarches à ne pas rater
Plusieurs erreurs administratives peuvent bloquer ou réduire votre indemnisation.
Ce que vous devez faire dans les 48 heures suivant l'arrêt :
- Envoyer les volets 1 et 2 de votre arrêt à votre CPAM
- Envoyer le volet 3 à votre employeur
- Si l'arrêt est numérique, votre médecin transmet directement à la CPAM — vous devez quand même remettre l'exemplaire papier à votre employeur
Ce que votre employeur doit faire :
- Établir une attestation de salaire pour le calcul des IJSS
- Déclarer l'arrêt à l'organisme de prévoyance si vous en bénéficiez
- Cocher la case "subrogation" dans la DSN s'il maintient votre salaire
Après 30 jours d'arrêt : une visite médicale de reprise devient obligatoire. Le médecin du travail peut prescrire un mi-temps thérapeutique : vous reprenez progressivement tout en conservant une partie des IJSS.
En cas de refus d'indemnisation par votre CPAM, vous pouvez contester devant la commission de recours amiable, puis devant le tribunal judiciaire compétent.
